L’Affaire Louis XVII

L’AFFAIRE LOUIS XVII
Conférence présentée
aux Iles Seychelles
le 8 juin 1995
par Jacques. HAMANN
Président du
Cercle d’Études Historiques
sur la Question Louis XVII

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Préambule

Lorsque l’on entend parler de Louis XVII, ce nom évoque immédiatement la notion de Mystère, d’Énigmes et d’Intrigues.
Or, faut-il rappeler que celui que l’on désigne par Louis XVII fut un enfant devenu roi après l’exécution de son père Louis XVI et qui mourut officiellement dans la tour du Temple le 8 juin 1795, âgé de 10 ans 2 mois 13 jours.

Cette mort dans l’ombre d’une prison suscita tant en France qu’à l’étranger des « bruits » concernant une évasion possible précédée préalablement par une substitution d’enfant.
Depuis deux siècles, les Historiens et les romanciers ont écrits plus de 300.000 pages sur le sujet et ont tenté d’expliquer cette légende à travers trois possibilités :

  • Louis XVII est mort officiellement le 8 juin 1795.
  • Louis XVII est mort au Temple avant la date officielle et ce fut un substitué qui mourut le 8 juin 1795.
  • Louis XVII n’est pas mort au Temple ; on le fit évader et on le retrouve plus tard sous une identité quelconque.

L’affaire « Louis XVII » étant ainsi résumé, je vous invite à entrer dans les coulisses de l’Histoire.

L’HISTOIRE SANS HISTOIRE

Le 27 mars 1795, le soir du dimanche de Pâques, quelques minutes avant 19 heures, la reine Marie-Antoinette mit au monde un petit prince déjà prénommé et nommé par le roi Louis XVI : Louis Charles, duc de Normandie.

La naissance de ce petit Louis Charles n’apparaissait pas comme impérative puisque son frère Louis Joseph Xavier, âgé de trois ans et demi, était le Dauphin. Le destin en décida autrement car à la suite d’une longue maladie le premier Dauphin s’éteignit le 4 juin 1789 au Château de Meudon.
Or, 1789 devient une année capitale qui bouleversera à bien des titres la vie de notre petit Prince Louis Charles devenu Dauphin de France.

De 1789 jusqu’au 10 août 1792, il connaîtra successivement l’abandon de Versailles, l’installation au château des Tuileries à Paris, la fuite à Varennes et le retour à Paris sous les huées de la foule, enfin l’attaque du château des Tuileries et le refuge de la famille royale à l’Assemblée avant que celle-ci ne soit transférée au Temple.

Le 21 janvier 1793, le roi est exécuté et Louis Charles devient Louis XVII.

Le 3 juillet 1793 à dix heures du soir, Louis XVII est séparé de sa mère pour être confié sur le champ à un cordonnier nommé Antoine Simon qui tiendra désormais le rôle de précepteur. Louis Charles sera élevé comme un sans-culotte grâce aux directives de Hébert, Substitut du maire de Paris et de Chaumette, Procureur général de la Commune dont leur comparse Simon est à leur solde.

Les 6 et 7 octobre 1793, le jeune Roi, est interrogé devant sa sœur Marie-Thérèse et devant sa tante Élisabeth pour répondre sur les rapports incestueux qu’il aurait eus avec sa mère.
D’ailleurs, lorsque l’accusateur public Hermann lut la déposition à Marie Antoinette, l’indignation de la Reine fut à son comble puis se ressaisissant elle s’écria :

« Si je ne réponds pas à une pareille infamie, c’est que la nature se refuse à répondre à une inculpation faite à une mère. J’en appelle à toutes celles qui sont ici. »

Cette date du 7 octobre 1793 est très importante car ce sera celle où un familier du Dauphin (sœur ou tante) le verra pour la dernière fois. Durant six mois et demi, Simon et sa femme éduquent à leur façon le petit Capet. En janvier 1794, la loi des cumuls des fonctions électives avec emploi rétribué par l’état, est votée. Simon opte pour rester Membre du Conseil général de la Commune et démissionne de son poste de précepteur du petit Capet. Il quitte le Temple avec sa femme le 19 janvier 1794.

A partir de cette date, c’est- à-dire le 19 janvier, le Dauphin sera isolé et ne sera vu, disons aperçu que par les deux municipaux journaliers de faction au travers d’un guichet, guichet qui servira de passage pour sa nourriture. Et cet emmurement organisé durera six mois jusqu’au 27 juillet 1794 autrement dit le 9 thermidor an II de la République.

Robespierre et ses amis sont abattus et guillotinés. Simon fera partie de la charrette des condamnés.
Le lendemain du 9 thermidor, à six heures du matin, Barras devenu le maître de Paris, se rendit au Temple avec plusieurs membres des Comités et quelques députés de la Convention.

Il ordonna de doubler la garde et d’exercer la surveillance la plus sévère. Barras y rencontra un certain Laurent et dans les heures qui suivirent, le fit nommer gardien des enfants de l’ex-roi. Lorsque Laurent prit ses fonctions au Temple, il découvrit un déchet humain couché sur un grabat et entouré de vermine. Laurent fit immédiatement son rapport au Comité et il ordonna que l’on nettoie la cellule, que l’on lave l’enfant, qu’on lui coupe les cheveux, qu’on lui ôte la porte grillagée et le guichet et que l’on donne un peu d’air et un peu de clarté.

En revanche, une seule chose ne fut pas accomplie. Ce fut la réunion de la sœur et de son frère au moins pendant quelques instants et cela ne se fera jamais même avec la venue de nouveaux gardiens. Après trois mois de présence, Laurent demande une aide : ce sera un nommé Gomin qui sera plus particulièrement attaché à Madame Royale. Puis le 28 mars 1795, Laurent donne sa démission et est remplacé par le citoyen Étienne Lasne qui assistera Louis XVII jusqu’à ses derniers moments.

Durant une année, trois visites officielles et soudaines furent déclenchées pour vérifier l’état et la présence de celui que l’on nomme désormais Louis Charles Capet.

Au cours de celle du 29 mars 1795, Harmand de la Meuse, membre du Comité de Sureté Générale, s’inquiète de la situation personnelle de l’enfant. Il constate que ses poignets, ses genoux sont gonflés par des tumeurs. Harmand avec une insistance répétée ne cesse de poser des questions à l’enfant qui ne répond pas conservant ainsi un mutisme absolu. L’on pourrait croire que l’on a à faire à un MUET …

La maladie continuait à faire son œuvre et le dénouement approchait. Le 6 mai 1795, sur la demande de Lasne, le Comité nommait le Docteur Desault qui connaissait antérieurement le Dauphin. Durant trois semaines, Desault se rendit journellement au Temple pour soigner le petit prisonnier. Or, le 1er juin, Desault mourut d’une mort subite. L’on affirme que la veille, les conventionnels avaient offert un banquet à Desault. Il fallut attendre cinq jours pour qu’un nouveau médecin soit nommé : ce fut Pelletan qui fut assisté deux jours plus tard par Dumangin.

D’ailleurs, ces deux nouveaux docteurs ne connaissaient pas le Dauphin.

Le 8 juin à 14h15, l’enfant du Temple expira dans les bras de Lasne.

Le 9 juin, l’on procéda à l’autopsie du corps et le 10 juin à 21 heures, le cercueil en bois blanc fut inhumé dans la fosse commune au cimetière Sainte-Marguerite.

LE DEBUT DU MYSTÈRE

Bien avant l’annonce officielle de la mort du « petit Capet », on chuchotait tant en France qu’à l’étranger, que le petit Prince ne se trouvait plus au Temple.
La rumeur s’amplifia après le 8 juin 1795. En effet, le 12 juin, l’on put lire dans la GAZETTE FRANCAISE :

« La mort du fils de Louis XVI a donné lieu à divers bruits, à des fables les plus absurdes les unes que les autres. L’on prétend qu’il n’est plus au Temple et qu’il représente l’une des principales conditions de paix avec nos belligérants y compris la Vendée ».

En province, les autorités sont à ce point ébranlées par les rumeurs d’évasion qu’elles n’hésitent pas à contrôler l’identité des enfants qui leur paraît incertaine. A Thiers, notamment, l’on appréhende un garçonnet d’une dizaine d’années, un nommé Alexis Morin de Guérivière qui fut amené par un certain Ojardias, homme de réseaux royalistes.

Or, si l’on parle de réseaux, l’on sait aujourd’hui qu’ils furent nombreux et que les louis d’or servirent à acheter beaucoup de consciences.
Une anglaise, Madame Atkins qui fut une amie de Marie-Antoinette, s’était jurée de sauver la reine puis le Dauphin. Elle a dépensé une fortune pour ne pas aboutir bien que Lady Atkins a cru durant quelques semaines que ses agents avaient réussi à faire évader le Dauphin.

Ainsi, un mélange d’intrigues, de complots et d’espoirs allaient se fondre dans le romanesque sans ne plus être certain qu’elle était la part de l’imaginaire.

En l’an 1800, un jeune romancier : Regnault-Warin fit paraître le « CIMETIERE DE LA MADELEINE » narrant ainsi l’évasion du Dauphin dans un cheval en bois, l’enfant ayant été préalablement endormi avec une dose d’opium. Le jeune roi est sauvé, emmené en Vendée et confié à Charette. Puis le prince est embarqué pour rejoindre l’Amérique mais une frégate française le capture. Il se retrouve dans un cachot où cette fois, il monte au Ciel retrouver ses parents.
Cette histoire romancée est donc publiée et ce livre va permettre à de nombreux prétendants de se créer les bases de leur évasion.

Le premier utilisateur de cette fabulation sera un certain Jean-Marie Hervagault, né en 1781 à Saint-Lô. En 1801, il prétend être Louis XVII. Il est arrêté, jugé, condamné pour escroquerie à quatre années d’emprisonnement. Incorporé de force sur un bateau de la marine royale, il déserte. Il est repris et envoyé en prison à Bicêtre où il y décède, le 8 mai 1812.

En 1816, la police royale arrête un individu se déclarant Charles de Navarre, fils de Louis XVI. En réalité, son identité probable est celle de Mathurin Bruneau, né en 1784 à Vézins près de Cholet en Vendée. Après une enquête de la police qui a duré plus de quinze mois, Bruneau est condamné et enfermé au Mont Saint-Michel où il mourut en 1822.

Le troisième faux dauphin est connu sous le titre de Baron de Richemont. Il écrivit ses mémoires et les fit publier. Il fut arrêté pour escroquerie et un procès s’ouvrit le 30 octobre 1834. Il fut condamné à 12 années de détention mais une année plus tard, le 19 août 1835, il s’évada. Il vécut à l’étranger jusqu’à la chute de la royauté parlementaire de Louis Philippe. Il rentra en France en 1848 et fut recueilli par la Comtesse d’Apchier qui le prit sous sa protection. Il mourut chez la châtelaine à Gleizé, près de Villefranche sur Saône, le 10 août 1853.
Ladite comtesse fit graver sur la tombe :

Ci-gît Louis Charles de France
fils de Louis XVI et de Marie Antoinette
né à Versailles le 27 mars 1785 mort à Gleizé

Après un arrêté de justice en 1859, la pierre tombale fut retournée et l’on procéda la rectification de l’acte de décès.
Puis le 26 mai 1833, un nouveau Louis XVII apparaît à Paris sous le nom de Naundorff. Il rencontra plusieurs personnes qui l’auraient connu enfant. Ce furent par exemple, Madame de Rambaud, berceuse du Dauphin et Monsieur de Joly, dernier ministre de la justice de Louis XVI.

Tous furent unanimes pour dire que le prétendant avait donné des détails les plus inattendus sur des faits intimes concernant l’enfance du Dauphin.
Le 13 juin 1836, Naundorff assigne en justice l’ex roi Charles X, le duc et la duchesse d’Angoulême pour prouver contre eux qu’il était le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette.

Deux jours plus tard, Naundorff était arrêté et ses papiers furent confisqués. La police de Louis Philippe l’expulsa de France et l’embarqua de force pour l’Angleterre. Il s’y installa et c’est à Londres qu’il fit publier son livre : Abrégés de L’histoire des Infortunes du Dauphin. Le récit relève plus souvent de l’imaginaire que du réel et pourtant il ressort que certains de ses dires purent être véritables.
En 1845, il s’installe en Hollande pour développer ses inventions sur des explosifs mais il mourut subitement à Delft le 10 août 1845. Sa pierre tombale existe encore à Delft et elle porte ces inscriptions :

ICI REPOSE
LOUIS XVII
CHARLES LOUIS DUC DE NORMANDIE
ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE
NÉ A VERSAILLES LE 27 MARS 1785
DÉCÉDÉ A DELF LE 10 AOUT 1845

Indépendamment des quatre prétendants bien connus tels que Hervagault, Bruneau, Richemont et Naundorff, depuis cette époque, nous avons dénombré plus de cent prétendants. Très récemment, il y a moins de trois mois, un prétendant canadien m’a écrit pour me signaler son existence.
Parmi tous ces « Louis XVII », leur présence est signalée partout dans le monde.

En Europe, l’on en découvre en Hongrie, en Suisse, en Allemagne, en Hollande puis on les rencontre aux États-Unis, au Canada, en Argentine, aux Açores, enfin aux Iles Seychelles.
Pour la plupart d’entre vous, vous connaissez la légende racontant que Louis XVII a vécu aux Seychelles.
Si vous me le permettez, je vais résumer cette affaire et tenter de tirer certaines conclusions.

L’AFFAIRE LOUIS POIRET ou LOUIS XVII AUX SEYCHELLES

« Un Louis XVII ignoré, mort aux Seychelles en 1865 », tel est le titre de M. Louis de Meurville dans le journal « LE GAULOIS » du 25 juillet 1906.
Or, à notre connaissance, pas un journaliste, pas un écrivain, pas une rumeur n’avait parlé auparavant de l’existence de ce Louis XVII ignoré.

L’article de Louis de Meurville fut repris trois mois plus tard c’est à dire le 26 octobre 1906, par le rédacteur en chef du « Réveil de Mahé », M. Numa Morel.
Indépendamment des détails d’un caractère moins romanesques mais plus précis que ceux donnés par Louis de Meurville, une différence importante laisse le lecteur perplexe : c’est la date de décès. M. Numa Morel affirme que c’est le 25 septembre 1856 qu’a été faite la déclaration de décès du pseudo-Louis XVII au lieu de 1865.

Il vient de suite à l’esprit qu’il y eut une inversion des deux derniers chiffres de la date. Mais comme nous le verrons, cette hypothèse ne peut être totalement retenue.
Pour parachever l’article du Réveil de Mahé, un journaliste anglais d’Australie, M. Gordon Mc. Crae crut bon d’apporter des corrections aux articles précédemment écrits.
Les dates ne correspondent pas mais les faits s’adaptent assez exactement aux deux récits. Pour M. Mac Crae, Louis XVII mourut à Mahé en 1854 …

En 1954, Mademoiselle Émérentienne de Lagrange, Professeur de la Faculté de Droit de Clermont-Ferrand écrivit un livre intitulé Louis XVII aux îles Seychelles et durant des dizaines d’années, elle fut toujours en quête d’informations sur ce fameux Poiret. Il faut rappeler que Melle de Lagrange avait été élevée aux Seychelles et que sa grand-mère Vetck née de Villèle avait raconté la légende du Dauphin à sa petite fille.

Puis en 1973, un reportage du journaliste Pierre PONS intitulé : « Louis XVII est-il mort aux Seychelles » est paru dans la « Dépêché de Toulouse ».

L’intérêt de ce reportage fut l’interview d’un descendant de Poiret, nommé Henri Gontier ayant une ressemblance frappante avec l’un des derniers Capétiens, le roi Louis XVI.

Pour résumer cette affaire, l’on dirait que :
Un nommé Poiret, originaire de Dunkerque, s’était lié d’amitié avec Simon, geôlier du Temple et avait persuadé ce dernier de lui confier le jeune Prince. Poiret le fit sortir du Temple et le conduisit à Dunkerque où il lui fit prendre son nom. L’enfant s’appellera désormais Louis-Charles Poiret.
Après l’attentat contre la vie de Bonaparte à Paris, certains accusés de complicité dans l’attentat furent déportés. Ils auraient quitté la France en 1803 et embarqués sur la frégate « Le Marengo ». Le jeune Poiret aurait été embarqué sur ce bâtiment et confié aux bons soins d’un passager.

L’archiviste Duvivier n’est pas d’accord avec le récit de Monsieur Mac Cray. Il existe aux archives un recensement des Seychelles dont la date est inconnue mais il est postérieur à l’année 1817 ; L’on note dans ce recensement qu’un certain Pierre Louis Poiret dit Flamand et non Louis Charles, natif de Dunkerque, serait arrivé aux Seychelles en 1808.

Une autre preuve confirme ce qu’il vient d’être dit. A l’occasion du couronnement du roi George V, une liste des sujets de sa Majesté fut éditée à la page 8, les anciens Colons établis aux Seychelles sous l’Administration française (avant 1810) sont rassemblés et l’on peut y lire Poiret Charles, date d’arrivée : 1808, lieu d’origine : Dunkerque et résidence : Port Olaud.

Parmi ces divergences, l’on note :

  1. Que les prénoms seraient Pierre-Louis dans les archives que Duvivier cite. Dans la liste des anciens colons demeurant aux Seychelles, l’on lit : Charles Poiret. Des recherches faites en France à Dunkerque donnent un acte de naissance au nom de Louis François Nicolas Poire né le 24 août 1787. Dans ce cas, il peut être remarqué que les prénoms sont encore différents et que l’orthographe du nom s’écrit Poire au lieu de Poiret. Cette différence est possible car à cette époque l’orthographe des noms était très aléatoire.
  2. Que la date d’arrivée aux Seychelles de Poiret est en 1803 d’après Mac Crae et en 1808 d’après la liste des anciens colons.
  3. Que la date du décès de Poiret est en 1854 d’après Mac Crae, en 1856 d’après le journaliste du Réveil de Mahé et en 1865 d’après le récit de M. Louis de Meurville dans le journal français Le Gaulois.

Lors de la mort de Poiret, il y aurait eu un témoin : un français nommé Schmoderer récemment arrivé aux Seychelles. L’on sait que Schmoderer est arrivé aux Seychelles sur le bateau désigné l’Emyrne dont le premier voyage a eu lieu le 23 septembre 1864. Par conséquent Schmoderer était présent aux Seychelles en septembre 1864 et la date de la mort de Poiret n’a pu avoir lieu qu’en 1865.
En conclusion, ce prétendant au titre de Louis XVII est venu se ranger parmi les 106 prétendants que l’on a recensés aujourd’hui. C’est une affaire troublante qui mériterait une fois encore qu’un futur agrégé d’histoire fasse des recherches au sein des archives britanniques, mauriciennes et seychelloises.

RECHERCHES ET DECOUVERTES

Depuis prés de deux siècles, des recherches multiples ont été faites et continuent à se faire.
Tout d’abord, le cercueil présumé de Louis XVII, fut retrouvé en 1846 au cimetière Sainte-Marguerite. La première expertise des ossements examinés détermina que l’âge probable du sujet était de 15 à 18 ans.
En juin 1894, soit quarante huit ans plus tard, une seconde expertise conduira aux mêmes conclusions.
Ce constat nous amènerait à conclure :

  • que le cercueil retrouvé n’était pas celui de Louis XVII ;
  • ou s’il le fut, que l’enfant mort au Temple n’était pas Louis XVII.

En 1979, la Commission Historique du Vieux Paris engagea de nouvelles fouilles au Cimetière Sainte-Marguerite. Ces dernières n’apportèrent rien de nouveau à ceux qui comme Monsieur Pascal-Sol, chercheur, espérait y découvrir « le vrai cercueil ».

Les historiens sont des gens obstinés et parmi les plus célèbres, il faut citer Gosselin-Lenôtre qui en 1921 eut le droit de cité avec son ouvrage Louis XVII et l’énigme du Temple. Et pourtant la conclusion n’apportait rien si ce n’est qu’une certaine faiblesse pour l’un des premiers prétendants : Hervagault.

Un jour en 1904, Lenôtre fut reçu au 4, Avenue Gabriel, chez le duc de la Trémoille. La conversation s’engagea et le duc de la Trémoille déclara :

« J’appris que le Dauphin avait été enlevé du Temple mais qu’il y avait été réintégré. Hélas, je suis tenu par le secret et Monsieur le Comte de Chambord ne m’a jamais relevé du secret que je possède ».

Pressé de questions par Lenôtre, le duc se refusa catégoriquement à y répondre, Lenôtre insista tant et tant qu’il finit par dire :

« Cherchez du côté de Dijon »
« Pourquoi Dijon ? »
« Il y eut des préparatifs faits pour le passage du Dauphin que l’on devait conduire à l’étranger par la route de Bâle ».

Puis un nom fut livré par le duc : un certain Cormier agent secret à la solde d’une anglaise, amie de Marie-Antoinette. Durant près d’un demi-siècle ce récit de Lenôtre resta inconnu. Puis la relève fut assurée par un jeune professeur de Dijon : Yves Pirrat qui découvrit une piste possible : La Roche en Brénil dont certaines coïncidences avec Barras et son secrétaire Bottot furent considérées comme bien étranges.

Et puis tout recommença en 1971 lorsqu’Alain Decaux lança un appel à tous ceux qui avaient peut-être des informations sur cette énigme du Temple. Ce soir là, une certaine Madame Michel, née Chomette – et non Chaumette – qui était à l’écoute de l’émission télévisée, écrivit à Alain Decaux en lui racontant qu’il était de tradition dans sa famille que Louis XVII avait été enlevé du Temple, avait été emmené à Viverols au domaine de la Gaillarderie.

Et notre ami historien Maurice Étienne découvre que des personnages comme le Marquis de Fenoye, ami de Gomin, l’un des derniers gardiens du Temple de Louis XVII, le général La Poype, ami de Botot et de Barras, puis le baron Tardif très au fait avec un certain Ojardias et le jeune Morin de Guérivière, furent en relation.
Tous les personnages de cette intrigue se situent dans la région auvergnate : Thiers, Ambert, Saint-Étienne, Monistrol.

Alors, depuis plus de vingt ans Maurice Étienne et son équipe affrontent et déchiffrent ce que certains appellent aujourd’hui la PISTE AUVERGNATE.

Alors, le puzzle se forme mais il nous manque encore des pièces à moins qu’elles soient toutes imaginaires.

Puis, il y eut la partie dite recherche scientifique grâce à Monsieur André Castelot qui en 1943, eut une idée que l’on pourrait qualifier de géniale.

En effet, il demanda au Professeur Locard, Directeur de la police criminelle de Lyon, de comparer des cheveux ayant appartenu au Dauphin avec ceux ayant appartenu à Naundorff.

Le résultat fut surprenant et je résume :
Excentration du canal médullaire de façon très nette dans les deux cas, cas RARE ET PUISSAMMENT SIGNALETIQUE »
donc :
Naundorff était Louis XVII.

Cette fois, la science s’était exprimée de façon catégorique et personne ne pouvait mettre en doute le résultat SAUF si les deux mèches de cheveux n’étaient pas attribuables aux personnes concernées. Ce fut, hélas, le cas.

Par conséquence, en 1950, l’on procéda à l’exhumation des restes de Naundorff à Delft.
L’on préleva devant huissiers, des cheveux sur la boite crânienne exhumée et on les compara avec ceux du Dauphin, extraits du livre d’heures de Marie-Antoinette, retrouvé dans les papiers de Courtois.
L’on ne retrouva pas la particularité d’excentration sur les cheveux de Naundorff.

Pour compléter cette recherche, l’on fit une comparaison des cheveux du Dauphin avec ceux qui avaient été coupés sur la tête de l’enfant mort au Temple. Le résultat de cette expertise, fut que les cheveux comparés n’appartenaient pas à la même personne.

En sachant que la Science de l’analyse des cheveux se nomme la trichoscopie, avec un peu d’humour l’on pourrait ajouter que la tricherie et la supercherie ont pu exister.
Une autre forme de recherches fut basée sur l’iconographie de Louis XVII.

Un historien François Laurentie a, par une étude remarquable, tenté de démontrer que Louis XVII était bien mort au Temple grâce à une transformation morphologique observée par les portraits successifs du Dauphin.

Or, une autre hypothèse pourrait être formulée. Ne pourrions-nous pas conclure que les portraits dessinés de 1794 à 1795 furent ceux de substitués ?
Aujourd’hui, nous avons dénombré plus de cent prétendants ou descendants de prétendants de Louis XVII.

Enfin, il aurait existé un « DOSSIER ROUGE » qui aurait contenu des papiers secrets démontrant que Naundorff était bien Louis XVII.
Ce dossier rouge aurait été vu et lu par Georges Clémenceau en 1909 et par Pierre Laval en 1931, ministre de l’Intérieur d’alors.

En 1944, les archives françaises des Affaires Étrangères furent emportées par la Gestapo en Allemagne puis récupérées par les soviétiques à Berlin et classées par le KGB à Moscou.
Or, aujourd’hui, les russes sont prêts à remettre à la France, ces archives secrètes. Peut-être allons-nous enfin connaître la vérité ?

Tel est l’espoir que tous les chercheurs peuvent formuler.